Ici Lili

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tag - corruption

Fil des billets

lundi, janvier 23 2012

[Docu] L'encerclement - La démocratie dans les rets du néolibéralisme

encerclement.gif

L'Encerclement - La démocratie dans les rets du néolibéralisme est un excellent film documentaire québécois réalisé par Richard Brouillette, sorti en 2008 aux 11e Rencontres internationales du documentaire de Montréal.

Durée : 160 minutes - sorti le 31 mars 2010 en France.

Attention, je vous préviens, il fait froid dans le dos!

A travers les réflexions et les analyses de plusieurs intellectuels de renom (la liste des intervenants ici), ce documentaire trace un portrait de l'idéologie néolibérale et examine les différents mécanismes mis à l'œuvre pour en imposer mondialement les diktats...

Structure du film :

L'encerclement est constitué de dix chapitres et se divise en deux grandes parties.

Première partie : portrait général de l'idéologie néolibérale

Chapitre 1 : Introduction
Chapitre 2 : Origines
Chapitre 3 : Au coeur du réseau néolibéral, les think-tanks
Chapitre 4 : Petit florilège libéral -- Libertarianisme et théorie des choix publics
Chapitre 5 : Critiques

Seconde partie : l'encerclement de la pensée et de la démocratie par le néolibéralisme

Chapitre 6 : Propagande et endoctrinement -- l'éducation
Chapitre 7 : Propagande et endoctrinement -- les médias
Chapitre 8 : Néolibéralisme ou néocolonialisme -- la force d'imposition des marchés financiers
Chapitre 9 : Néolibéralisme ou néocolonialisme -- la force d'imposition des institutions de Bretton Woods ou le consensus de Washington
Chapitre 10 : Néolibéralisme ou néocolonialisme -- la force d'imposition de l'humanisme militaire ou « la guerre c'est la paix »

Site officiel du film : http://encerclement.info/

Plus de détails sur la page Wikipedia consacrée au film.

lundi, juin 27 2011

[Docu] Filmographie de Pierre Carles

Sur les médias:

pas_vu_pas_pris.jpgPas vu Pas pris
(1998)

http://video.google.com/videoplay?docid=-1235218397233431416#

Raconte l'histoire de "pas vu à la télé" un reportage commandé par canal+ puis censuré par Alain De Greef. Le principe du reportage est de capturer les réactions de personnalité des médias face à la fameuse séquence montrant le ministre de la défense François Léotard et le patron de TF1 Etienne Mougeotte discutant devant les caméras d'une manière qui laisse transparaître une certaine connivence.


sociologie.gifLa sociologie est un sport de combat
(2001)

http://video.google.fr/videoplay?docid=-9084835922398472214#

Est le second film de la quadrilogie traitant des médias et qui présente la sociologie et les travaux de Pierre Bourdieu.








enfin_pris.jpgEnfin pris?
(2001)

http://video.google.com/videoplay?docid=6416231002784308618#

Est le troisième de cette quadrilogie et se penche cette fois sur la mise en évidence de ce que Bourdieu expose dans "sur la télévision" au travers de la manière dont Daniel Schneidermann a traité la venue de Bourdieu dans son émissions "Arrêts sur Images".




Affiche.inddFin de concession
(2010)

Voir le billet consacré.



Sur la mise en question du travail salarié :

rienfoutre.org :
Les pages Rien Foutre documentent l'évolution des travaux de CP-Productions qui mettent en question le travail salarié.
Centralité du travail, asservissement dans le travail, refus du travail, images et paroles de travailleurs et non-travailleurs sont au cœur des films Attention Danger Travail, Volem Rien Foutre Al Païs et maintenant Qui Dit Mieux?

danger_travail.jpgDanger Travail
(2002)

http://video.google.com/videoplay?docid=3459918714670948456#








volem_rien_foutre.gifVolem Rien Foutre Al Païs
(2007)

http://video.google.com/videoplay?docid=-4155421612152274150#

Est la suite de la série sur l'anti-travail qui se penche cette fois sur les alternatives au travail.








Sur l'action directe :

ni_vieux_ni_traitres.jpgNi vieux ni traîtres
(2006)

Un article consacré ici

http://video.google.com/videoplay?docid=-7672369501188610080#

Revient sur les actions des groupes armés anti-franquistes des années 70 (GARI) et sur Action Directe, on y trouve notamment des conférences et des entretiens où les acteurs de l'époque s'interrogent sur la légitimité de leurs actes.


Le désarroi esthétique (Strip-Tease)
(1996)

14 mn, France, 1996
Réalisation : Pierre Carles
Image : Igor Ochronowicz, Jean-Michel Vennemani
Son : François de Morant, Joël Flescher
Montage : Françoise Lannoy
Je reviens toujours à « Que faire de cette liberté ? » C’est à la fois un bonheur, un désarroi, une sorte de désarroi esthétique.

A fait partie des Trois Petits Films Contre le Grand Capital.



Pour une meilleure qualité de l'image, retrouvez une partie des films de Pierre Carles ici :
1995 - Juppé, Forcément
traite du rôle qu'ont joué les médias pour favoriser l'élection d'Alain Juppé à la mairie de Bordeaux.
1998 - Pas Vu Pas Pris (VHS)
2001 - La Sociologie Est Un Sport De Combat
2002 - Danger Travail (VHS)
est la première version sortie en vhs du premier film de la série sur l'anti-travail et sur les gens qui refusent d'aller travailler.
2003 - Enfin Pris (VHS)
2004 - Attention Danger Travail (DVD)
est la version étendue sortie en dvd du même film sur les déserteurs du marché du travail qui refuse d'aller faire un boulot de merde pour des clopinettes.
2006 - Ni Vieux Ni Traitres
2007 - Bages-sigean A La Voile (TV)
2007 - Volem Rien Foutre Al Pais (DVD)
2008 - Charlie Hebdo Se Fait Hara Kiri (web)


Un entretien avec Pierre Carles ici.

Une page non officielle consacrée à Pierre Carles.

dimanche, mai 22 2011

[Point de vue] Manifeste ¡ Democracia real ya ! (Une vraie démocratie maintenant !)

Trouvé sur OWNI ici :

Voici une traduction en français, par le collectif lyonnais Rebellyon, du manifeste du mouvement ¡Democracia Real Ya! A l’initiative de plusieurs organisations sociales, d’associations citoyennes, des manifestations étaient organisées la journée 15 mai dernier sur les places des principales villes espagnoles pour protester contre les méthodes de gestion de la crise du gouvernement Zapatero.

MANIFESTE

“DEMOCRACIA REAL YA ! NO SOMOS MERCANCIA EN LAS MANOS DE LOS POLITICOS Y DE LOS BANQUEROS”
Une vraie démocratie maintenant ! Nous ne sommes pas une marchandise entre les mains des politiques et des banquiers

Nous sommes des per­son­nes ordi­nai­res. Nous sommes comme toi : des gens qui se lèvent tous les matins pour étudier, pour tra­vailler ou pour cher­cher un boulot, des gens qui ont une famille et des amis. Des gens qui tra­vaillent dur tous les jours pour vivre et donner un futur meilleur à celles et ceux qui les entou­rent.

Parmi nous, cer­tain-e-s se consi­dè­rent plus pro­gres­sis­tes, d’autres plus conser­va­teurs. Quelques un-e-s croyants, d’autres pas du tout. Quelques un-e-s ont des idéo­lo­gies très défi­nies, d’autres se consi­dè­rent apo­li­ti­ques. Mais nous sommes tous très préoc­cupé-e-s et indi­gné-es par la situa­tion poli­ti­que, économique et sociale autour de nous. Par la cor­rup­tion des poli­ti­ciens, entre­pre­neurs, ban­quiers… Par le manque de défense des hommes et femmes de la rue.

Cette situa­tion nous fait du mal quo­ti­dien­ne­ment ; mais, tous ensem­ble, nous pou­vons la ren­ver­ser. Le moment est venu de nous mettre au tra­vail, le moment de bâtir entre nous tous une société meilleure.

Dans ce but, nous sou­te­nons fer­me­ment les affir­ma­tions sui­van­tes :

L’égalité, le progrès, la solidarité, le libre accès à la culture, le développement écologique durable, le bien-être et le bonheur des personnes doivent être les priorités de chaque société avancée.

Des droits basiques doivent être garantis au sein de ces sociétés : le droit au logement, au travail, à la culture, à la santé, à l’éducation, à la participation, au libre développement personnel et le droit à la consommation des biens nécessaires pour une vie saine et heureuse.

Le fonctionnement actuel de notre système politique et gouvernemental ne répond pas à ces priorités et il devient un obstacle au progrès de l’humanité.

La démocratie part du peuple (demos = peuple et cracia = gouvernement), par conséquent le gouvernement doit être le peuple. Cependant, dans ce pays, la majorité de la classe politique ne nous écoute même pas. Ses fonctions devraient être de porter nos voix jusqu’aux institutions, en facilitant la participation politique des citoyens grâce à des voies de démocratie directe et aussi, de procurer le plus de bienfaits possibles à la majorité de la société. Et non pas, celles de s’enrichir et de prospérer à nos dépens, en suivant les ordres des pouvoirs économiques et en s’accrochant au pouvoir grâce à une dictature partitocratique menée par les sigles inamovibles du PPSOE (Contraction de PP et PSOE : le PP, Partido Popular est le principal parti de droite, le PSOE est le principal parti de gauche) .

La soif de pouvoir et son accumulation entre les mains de quelques-uns créent inégalités, crispations et injustices, ce qui mène à la violence, que nous refusons. Le modèle économique en vigueur, obsolète et antinaturel, coince le système social dans une spirale, qui se consomme par elle-même, enrichissant une minorité -le reste tombant dans la pauvreté. Jusqu’au malaise.

La volonté et le but du système sont l’accumulation d’argent, tout en la plaçant au-dessus de l’efficience et le bien-être de la société ; gaspillant nos ressources, détruisant la planète, générant du chômage et des consommateurs malheureux.

Nous, citoyens, faisons partie de l’engrenage d’une machine destinée à enrichir cette minorité qui ne connait même pas nos besoins. Nous sommes anonymes, mais, sans nous, rien de cela n’existerait, car nous faisons bouger le monde.

Si, en tant que société nous apprenons à ne pas confier notre avenir à une rentabilité économique abstraite qui ne tourne jamais à notre avantage, nous pourrons éliminer les abus et les carences que nous subissons tous.

Nous avons besoin d’une révolution éthique. On a placé l’argent au-dessus de l’Être Humain, alors qu’il faut le mettre à notre service. Nous sommes des personnes, pas des produits du marché. Je ne suis pas que ce que j’achète, pourquoi je l’achète ou à qui je l’achète. A la vue de cela, je suis indi­gné/e.

Je crois que je peux chan­ger les choses.

Je crois que je peux aider.

Je sais que, tous ensem­ble, nous le pouvons.

Sors avec nous. C’est ton droit.


*******

Publié initialement sur le site de Democracia Real Ya

Traduit par le collectif Rebellyon.info

Traduction additionnelle : Ophelia Noor

[Article] Témoignages et récits de l’Espagne, par Federico (Barcelone) et Paolo (Grenade)

Trouvés sur le blog Le réveil :

Esta es democrazia !

Il n’est pas facile de raconter ce qui se passe aujourd’hui en Espagne. Beaucoup de choses différentes sont en train de se rejoindre, de nombreuses réalités et de nombreuses formes d’indignation, ainsi que beaucoup de rage.

Dans plusieurs villes d’Espagne, les gens occupent naturellement les rues, jour et nuit, en faisant des camps, des repas sociaux et surtout de grandes assemblées publiques.

Il n’y a pas de coordination nationale, ni de structure ou de plate-forme commune, bien que Madrid reste le centre de référence et que la forme et les contenus des manifestations soient les mêmes dans toutes les villes.

Tout a commencé par une manifestation spontanée diffusée par les social network. La manifestation organisée par « democraciarealya », qui propose un ensemble de droits minimaux, est fixée pour le 15 mai, exactement une semaine avant les élections municipales. Elle se nomme « Toma la Calle ! No somos mercancìa en manos de políticos y banqueros » (Prends la rue ! Nous ne sommes pas de la marchandise en main aux politiques et aux banquiers).

L’objectif est ample dès le premier moment, ce n’est pas Zapatero, ni le PP, mais l’ensemble du système qui ne fonctionne pas, victime du marché : ils chantent « los mercados yo no le ho votado » (moi les marchés je ne les ai pas voté).

Un autre ennemi est le bipartisme, le système politique étouffant qui ne représente pas les besoins de la population. Dans la ville de Madrid, une grande partie de Juventud Sin Futuro est présente, un mouvement qui le 7 avril avait rassemblé dans les rues la rage des générations précaires.

À la fin de la manifestation du 15 mai à Madrid, les personnes qui décident de rester sur les lieux sont pourchassées par la police. Le fait déclenche des réactions dans toute l’Espagne et en deux jours de nombreuses villes commencent à mettre en pratique des camps provisoires au centre des places : Madrid, Barcelone, Bilbao, Grenade, Saragosse, Valence, Malaga ...

Dans toutes ces villes se créent des assemblées et des organismes autogérés de résistance qui transcendent la plateforme initiale : comme plusieurs feux nés d’une même étincelle.

L’objectif déclaré est d’atteindre le 22 mai, jour des élections municipales.

Le mouvement espagnol se définit partout comme étant asyndical et apartitique, par conséquent les drapeaux ou les symboles sont interdits durant les manifestations (c’est presque incroyable de ne voir même pas un drapeau catalan à Plaza de Catalunya bondée). Une des chansons qui revient sans cesse dans les places est « El pueblo unido funciona sin partido » (Le peuple unit fonctionne sans parti) .

Ce rejet de la politique institutionnelle n’est pas seulement une réaction négatif, mais aussi une charge totalement positive : le mouvement a l’assemblée publique comme seul espace de décision. Durant les assemblées, on chante « Esta es democracia »

C’est incroyable de constater qu’on n’entend jamais parler de partis politiques, de Zapatero et du PP. L’ennemi est le système, le capitalisme, la consommation indiscriminée. Les partis ne sont pas pris en compte, et leurs déclarations ne sont pas commentées. Ils sont, de fait, complètement délégitimés.

La situation politique

En Espagne, le chômage des jeunes est encore plus lourd qu’en Italie (on parle de 40-45% de jeunes qui reçoivent le paro, l’équivalent de l’allocation chômage). Après le boom économique immobilier de ces dernières années, les dettes pèsent considérablement et Zapatero a adopté une politique d’austérité face à la crise, caractérisée par de grands financements aux banques et des coupes vertigineuses du système public.

En outre, dans tout le pays, il existe des ordonnances interdisant les formes de vie sociale, y compris les rassemblements dans les places. Dans ce sens, les pratiques exprimées sont encore plus radicales, puisqu’elles brises explicitement les interdictions de ces ordonnances.

Dans les Universités vient d’arriver le Plan Bolonia, avec modification des parcours d’études et hausse des impôts. Il est inutile de souligner que le processus de Bologne accentue cette situation de précarité. Se crée donc la génération « Nini » : Ni trabajo, Ni estudio (Ni travail Ni étude). Ceux qui terminent leurs études ne savent pas quoi faire de leur vie.

La recherche souffre des coupes et les chercheurs sont obligés de survivre en allant de « beca » en « beca » (la beca est la bourse d’étude). Certaines personnes ayant dépassé la quarantaine vivent encore de bourses.

L’Europe

Les caractéristiques communes avec l’Europe sont nombreuses, en commençant par la crise et les mesures d’austérité. Mais il est encore plus intéressant d’analyser les particularités de ces résistances. Par qui sont composés ces mouvements espagnols ? Difficile à dire, car chaque ville s’organise autour de son assemblée indépendante et souveraine, qui à son tour est composée de différentes réalités. Nous devons reconnaître la primauté de la ville de Madrid qui déploie les Book Block déjà utilisés à Londres et à Rome, bien que la forme du camp rappelle d’autres luttes. Tout d’abord les révoltes du Caire, même si en parlant avec les gens, il semblerait que les suggestions les plus fortes viennent non seulement du Maghreb, mais aussi de l’Islande. Connectez ces révoltes est un enjeu qui commence à se faire entendre !

Cependant, le caractère urbain de ces manifestations espagnoles doit être souligné. Ces luttes sont enracinées dans la ville, et ce n’est pas un hasard si elles décident d’en occuper les points cardinaux. En Italie, on utilise des formes telles que « Riprendiamoci le città » : c’est exactement ce qui se passe en Espagne. Les pratiques en acte sont pour ainsi dire pleinement européennes.

Les assemblées

C’est peut-être le point le plus intéressant. Comment s’organise cette énorme masse de différences ? Il est clair que les réseaux sociaux ont une importance fondamentale. Twitter fonctionne pour mettre à jour, confirmer ou réfuter les infos données par la presse ; Facebook est principalement utilisé pour la circulation de matériaux divers et la promotion d’événements.

Les blogs, comme celui créé par les manifestants de Barcelone (http://acampadabcn.wordpress.com/category/info-general/), donnent la possibilité de commenter toutes les décisions prises de jour en jour.

Cependant, les assemblées restent la réelle spécificité de ce mouvement : car il ne s’agit pas seulement d’étudiants, ni seulement de travailleurs. C’est la ville entière qui parle.

Les jeunes sont certainement en majorité, cependant, ils se sont ramifiés, ils ont étendu leurs activités ; les comités de citoyens s’unissent aux groupes étudiants et aux personnes au « paro ».

À Barcelone, des milliers de personnes se rassemblent chaque soir une heure ou deux pour chanter et crier leur indignation collective, avant que les porte-parole des comités de travail, qui s’étaient réunis l’après-midi, ne s’expriment durant l’assemblée plénière face à une masse vaste et silencieuse.

Les assemblées sont très techniques, l’argument principal est « comment s’organiser », mais chaque ville a ses particularités.

Granada est un cas singulier. Des « dispositions pour la gestion des assemblées » ont été formulées. Dans ces accords, il y a les « minimos », c’est-à-dire les principes minimaux que chacun doit respecter. Le plus important est que le seul lieu de décision est l’assemblée.

Pour travailler sur ces points minimaux, ils identifient les mécanismes, la forme de l’assemblée. Tout d’abord, la présence d’un modérateur qui dicte l’ordre du jour, donne les tours de parole, les clôt. Il invite les intervenants à ne pas se répéter, il demande si la personne concernée a d’autres questions, et dans le cas contraire l’invite à retourner s’asseoir.

On n’applaudit jamais, mais on fait une sorte d’applaudissement silencieux. Ceci implique qu’il y ait très peu de discours instigateurs. La participation de la population est très élevée. Et le droit de parole est toujours respecté, même lorsque la situation est très tendue.

À la fin d’un tour de parole, les gens sont invités à voter. Le vote n’est pas une question mécanique, il n’y a pas de majorité numérique ni le risque d’approbation avec un écart de deux voies. Le vote est le témoignage d’un consensus collectif, même si la situation est proche de la parité, on continue à discuter.

Dès les premiers jours, des groupes de travail qui s’occupaient de « radiodiffusion », « sécurité » et « presse » se sont constitués. Aujourd’hui, à Grenade un groupe de « propositions » s’est ajouté ; tout le monde (2000-3000 personnes) a reçu des feuillets pour rédiger des propositions pratiques. Six groupes de bénévoles se sont créés, une douzaine de personnes par groupe, afin de classer ces propositions, de les rassembler et de les donner à l’Assemblée le lendemain pour en discuter. La seule interdiction est que les propositions ne soient pas contraires aux « minimos ».

Il s’agit d’une étape importante. Le mouvement commence à se distinguer par des demandes spécifiques, qui sont construites dans un processus pleinement participatif.

On entend parler de développement durable, de lutte contre la précarité, de lutte contre la corruption, de sensibilisation des consommateurs. Il n’y a pas une seule ligne de pensée, mais la primauté de certains sujets nécessaires au changement du système. Cela pourrait être un tournant, le moment où l’on commence à construire et non seulement à refuser.

Un facteur commun aux assemblées et aux groupes est à souligner : le soin envers les choses et les personnes. Une grande sensibilité pour l’environnement (les assiettes en plastique sont réutilisées par des milliers de personnes), le nettoyage est organisé collectivement. On perçoit que le monde peut changer, mais que pour que le monde change il faut mettre en pratique le changement. Le concept « Esta es Democracia » est affronté jusqu’au fond.

Tout est mis en œuvre pour que la participation soit collective. Le vote et les interventions sont deux formes de participation, et les règles de conduite sont claires pour tous.

Des tracts avec les droits fondamentaux de chacun en cas d’arrestation sont fournis, et plusieurs pancartes expliquent ce qu’il faut faire en cas d’évacuation. Ces modes de comportement, proposés en un premier temps, ont été discutés et votés. C’est clair que le thème le plus chaud est la relation avec la police.

Relations avec la police

Le mouvement est pacifiste. Ce qui ne l’empêche pas d’être radical. L’objectif principal reste toujours celui de changer le système, créer un monde qui considère les personnes en tant que telles et non une valeur d’échange ou de sommaires consommateurs. Nous avons dit que l’ennemi n’est pas le PSOE ou le PP, par conséquent l’ennemi n’est pas la police. Les policiers ne sont que des travailleurs qui obéissent aux ordres.

Ceci ne signifie pas qu’il faut subir. Bien au contraire, les numéros d’immatriculation des policiers qui côtoient les places sont enregistrés, tout abus ou violence est automatiquement dénoncé. Les gens savent quelle attitude adopter. En cas d’hostilité, la police est ignorée. Les droits en cas d’arrestation sont rappelés en permanence, ainsi que les numéros de téléphone de nombreux avocats. La forme est celle de la résistance passive. Les épisodes de tension n’ont pas modifié le comportement des gens.

La police n’est pas un problème, chaque fois qu’il y a une provocation ou une menace, on trouve un moyen de résoudre la situation qui ne soit pas frontale. Les objectifs demeurent : a) occuper la place le plus de temps possible et b) la lutte contre le système.

Le radicalité du mouvement réside dans son obstination. Après une première évacuation, on retourne toujours au même endroit (c’est arrivé à Granada, Madrid et Barcelone). En considérant les mouvements politiques à l’heure actuelle, ainsi que leur diffusion, une intervention policière rendrait les manifestations encore plus fortes. En ce moment même, le mouvement est soutenu par toute la société dans son ensemble ; les interventions de la police seraient donc tout à fait arbitraires et ne cesseraient de renforcer l’indignation commune.

Vamos Arriba este es un atraco

C’est curieux de lire et écouter, de l’Espagne, les témoignages recueillis ces derniers jours à Tunis.

Il semble que les centaines de milliers de personnes qui sont descendues dans les rues et qui campent dans les places publiques de tout le pays, après les manifestations du 15 mai, fassent partie de cette même vague qui s’est soulevée au Maghreb récemment, et qui a traversé aussi bien Londres, Rome, que le reste d’Europe.

Ce sont ces mêmes jeunes sans avenir, une génération précaire et hautement qualifié, qui traînent cette nouvelle révolte massive, en réclamant démocratie, liberté et dignité.

C’est avant tout une révolte contre l’existant, contre un présent figé entre précarité et chômage, contre l’austérité de l’argent aux banques et des coupes au service public (par ordre chronologique, la dernière à être touchée est la santé). Une révolte contre la politique libérale de gestion de la crise du gouvernement "socialiste" de Zapatero, contre les banques et le système financier, contre ceux qui se sont enrichis de la pauvreté des autres.

Une révolte contre et au-delà des partis politiques et des syndicats, considérés complices des pouvoirs économiques, bref, contre et au de là d’une gouvernance défaillante et incapable, non seulement de représenter, mais aussi d’interpréter et communiquer avec la place publique.

Ce n’est pas un hasard que les rassemblements spontanés, nés dans une dizaine de villes espagnoles, aient paralysé médiatiquement et politiquement la campagne électorale des élections administratives de dimanche prochain. Le Parti populaire s’agite contre le gouvernement et appelle à l’ordre public, le PSOE a mis en scène une maladroite et paternaliste tentative de dialogue (bien qu’il soit violemment attaqué par la protestation), et tous s’interrogent avec anxiété en essayant de quantifier les voix perdues. Essentiellement, ils ne sont pas en mesure de répondre et d’interagir au niveau du discours imposé.

La décision récente d’interdire toute manifestation durant la période électorale (samedi et dimanche) résume toute la difficulté des institutions à répondre, ainsi que l’intelligence et la force du mouvement.

La non-violence déclarée dès le départ s’est traduite en une résistance radicale passive et dans l’occupation obstinée de tous les lieux centraux et symboliques de la ville, en termes de circulation, commerce et tourisme. Un mécanisme qui s’est déclaré s’être inspiré de la Révolution Égyptienne, qui communique en permanence sur le web et qui attire le consensus de larges segments de la population. À l’heure actuelle, l’utilisation de la force par les institutions locales pourrait obtenir un résultat contraire à celui recherché.

En réalité, ce qui peut arriver dépend avant tout de la capacité de ce mouvement à traduire l’indignation en revendications concrètes, plutôt qu’en prétentions justicialistes de moralisation ou perfectionnement de la classe politique.

Tout dépend de la façon dont le système auto-organisé, minutieusement calibré dans chaque ville (commissions opérationnelles, organes de débat et discussion, assemblées plénières), commencera a fonctionner non seulement par des déclarations de principe, mais dans la perspective de lutter pour le welfare. Il faut espérer que les différents rassemblements de chaque ville, indépendants mais interactifs, ne s’isolent pas, mais interagissent avec les autres villes. Et pourquoi pas, avec le reste de l’Europe.

Source : email. Traduction : une camarade. le 22 mai 2011, par Federico & Paolo

samedi, mai 21 2011

[Point de vue] Eric Halphen : Pour une 6ème République

Pourquoi une rupture avec notre système institutionnel et le passage à une 6ème République sont-ils nécessaires ?
Quels doivent être les objectifs essentiels d'une nouvelle Constitution fondée sur les droits de la personne et le respect de la planète ?

Le deuxième Forum du Programme partagé du Front de Gauche qui s'est tenu, jeudi 9 décembre, à Nanterre, dans la salle d'une maison de quartier, a lancé le débat autour de ces questions, en présence de Jean-Luc Mélenchon (PG), Pierre Laurent (PCF) et Christian Picquet (GU). Plusieurs personnalités comme le président de la Ligue des droits de l'homme, Jean-Pierre Dubois, le journaliste Laurent Mauduit (Mediapart) ou le juge Eric Halphen ont bien voulu nous fait part de leurs réflexions et de leurs attentes.

Le juge Eric Halphen : Pour une 6ème République